Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

2012_03_CAFE_ARABE_jpg_789044295_396066059.jpg

http://www.lematindz.net/news/7592-algerie-france-les-braves-ont-existe.html

Les haines s'estomperont lorsque tous ceux qui ont été concernés, directement, par la guerre auront disparu, me disait un confrère français. Pari tenu !

Algérie. Le nom de mon pays a squatté les unes de la presse française, cette semaine. Ça a mis du baume à l'âme. Franchement, chez nous, on aime bien lorsqu'on nous titille l'égo. Le pauvre a été tellement meurtri, tanné par l'écrasante domination des puissants et par la liquéfaction des horizons qu'il se fait petit, infime, insignifiant.

Pourtant, cette fierté démesurée, souvent déplacée, que l'Algérien porte comme un étendard a, quelquefois, le droit de dire "stop". Il a été écrit, ici et là, que la tragédie algérienne a été partagée plusieurs communautés qui ont coexisté dans une harmonie, à peine dérangée par l'entêtement de l'administration coloniale à dénier aux autochtones le droit à la citoyenneté...

Rien n'était commun aux populations qui vivaient en Algérie, pendant la colonisation! Les Européens, Maltais y compris, profitaient, après avoir fait main basse dessus de toutes les terres arables du pays, les juifs, authentiques indigènes, ont, eux, sauté à pieds joints sur l'aubaine offerte par le décret Crémieux de 1870 qui en faisait des Français à part entière. Pendant ce temps-là, tous les autres Algériens quelles qu'étaient leur condition, leur âge, leur sexe ou leur religion étaient maintenus à l'état de serfs. On disait alors khammas...

Depuis les temps de l'esclavage, jamais peuple n'avait été autant asservi et violenté que le nôtre.

C'est en cela, et la France qui a toujours du retard à l'allumage ne l'a compris qu'une fois le dos au mur, que la révolution déclenchée le 1er Novembre 1954, par une poignée d'hommes résolus était juste et inéluctable.

Cette guerre victorieuse reste, un demi-siècle après sa fin au travers de la gorge de ceux qui l'ont perdue, les Français. Tous les Français, cependant ne l'ont pas voulue. A l'heure où Salan ratissait la Casbah pour fournir la guillotine installée à Barberousse, au moment où Challe nettoyait nos montagnes et nos paysans au napalm, des Français pur jus, écoeurés par la torture et le meurtre portaient les valises du FLN en France ou rejoignaient, armes à la main, les maquis de l'ALN, en Algérie. Bien plus tard, au moment où les incendiaires de l'OAS tentaient de réduire en cendre le pays qu'ils savaient,irrémédiablement, perdu et alors que prés d'un million de pieds-noirs, paniqués, quittaient précipitamment la terre qui leur avait donné naissance et richesses, bien que les accords d'Evian leurs accordaient trois ans pour choisir leur nationalité, au temps même de ce branle-bas de combat, d'autres Français dépourvus de préjugés sur ces "barbares" qui allaient, désormais, diriger l'Algérie, décidaient de rester et de relever le défi de la reconstruction.

A peine les barbouzes de l'OAS mis hors de combat et la paix revenue, d'autres Français soucieux de réparer les dégâts commis par leurs compatriotes,132 années durant, débarquaient par bataillons entiers pour se mettre au service du pays naissant et de la révolution socialiste qui se profilait. Ces Français-là, humains, positifs, démocrates et épris de justice existent et ils ont beaucoup oeuvré après l'indépendance. Ils ont dans une très large mesure contribué à mettre l'Algérie sur les rails du développement et participé à la formation de l'essentiel des cadres qui ont maintenu le pays à flot durant les difficiles premières années de l'indépendance. Quelle n'a été ma surprise lorsqu'invité par Claude Lasnel, un de mes anciens professeurs au lycée technique d'Alger, à rendre visite à une vielle amie, paulette Gallice, dans une maison médicalisée d'Aix-en-Provence, de découvrir qu'avec Simone, sa soeur, 86 ans, de deux ans sa cadette, elles étaient nées, toutes deux à Alger et qu'elles y étaient restées jusqu'en 1984 ! Jusqu'à la retraite, ces adorables dames se sont occupées, Simone en assistante sociale et Pauline en éducatrice auprès d'un juge pour enfants des mineurs des quartiers difficiles d'Alger, ceux gangrénés par l'intégrisme religieux aujourd'hui. Pauline et Simone avouent avoir quitté le pays lorsque, justement, ce cancer s'est mis à pointer du nez.

Claude Lasnel, lui, est nodal dans l'histoire des relations algéro-françaises, celles des peuples. Il a des centaines d'enfants et de petits enfants éparpillés à travers le monde, ses anciens élèves, tous cadres de haut niveau et surtout démocrates convaincus attachés incurablement à ce pays qu'il leur a fait aimer. Ce pays, il l'a fait aussi découvrir et aimer à des fournées entières de jeunes Français qui ignoraient tout de lui comme il a amené à la rencontre de la France éprise de fraternité et d'égalités autant de jeunes Algériens définitivement guéris de tout sentiment de haine. Aujourd'hui, les deux pays célèbrent la fin de la guerre sans jamais pour, autant avoir pu la solder avec ses cortèges de rancoeurs, de ressentiments, parfois de haines. Ici et là bas, on s'efforce encore et toujours à faire revivre les drames que le conflit a charriés.

Lorsque la France invoque ses héros, elle y ajoute, sans honte les criminels de l'OAS. L'Algérie, pour sa part, a fait mieux, elle en a liquidé quelques-uns parmi ses meilleurs.

Quant aux bâtisseurs français venus en Algérie réparer le désastre, on attendra, sans doute, longtemps avant que la reconnaissance qui leur est due soit proclamée. En attendant, je relève le pari de ce confrère français qui m'assurait que toutes les haines qui subsistent encore entre les deux pays s'estomperont lorsque tous ceux qui ont été directement concernés par la guerre d'Algérie auront disparu.

Méziane Ourad

19 mars 1962, midi : cessez-le-feu en Algérie

 http://www.ouest-france.fr/dossiers/actualite_-19-mars-1962-midi-cessez-le-feu-en-Algerie_2052194-2052204_dossiers.Htm

 120306210340667_16_000_apx_470_.jpg

20 mars 1962. Dans la haute Casbah, un vieil homme passe devant les militaires d'un barrage. Archives Ouest-France

C’est une histoire glaçante et tragique. En 8 ans, elle fit des milliers de victimes, chassa de leurs terres un million de pieds-noirs, fit tomber une République. Jacques Duquesne, alors jeune reporter en Algérie, nous en livre le récit.

Il faisait très froid le 18 mars 1962 à Evian. Le lac était même bordé d’une fine couche de glace. Dans un hôtel situé sur la rive, les représentants du gouvernement français et ceux du Front de Libération national algérien (FLN) signèrent un texte de 99 pages pour mettre fin à la guerre d’Algérie. Une imagesduquesne.jpgépreuve qui avait, pendant près de 89 mois, provoqué des morts par centaines de milliers, suscité des souffrances insoupçonnables, et mobilisé chaque année des centaines de milliers de jeunes Français. Ce conflit avait, en France, fait tomber la IVe République.

Le cessez-le-feu fut fixé au 19 mars à midi. Il ne mit pas vraiment fin au drame. Car il existait, en réalité, trois guerres : l’une opposait l’armée française aux maquisards et aux terroristes qui luttaient pour l’indépendance ; la deuxième mettait aux prises ceux-ci avec d’autres Algériens, plus modérés ; la troisième était une guerre civile française entre les partisans d’une «Algérie française» associés à l’extrême-droite, et ceux qui voulaient réformer son statut puis lui accorder l’indépendance. Cette guerre-là se traduisit notamment par une tentative d’assassinat du Président de la République, le général de Gaulle.

Siège de Bab el Oued

Un texte de 99 pages ne suffit évidemment pas à régler trois conflits comme ceux-là. Les accords d’Evian avaient prévu de multiples dispositions pour protéger les populations. Ils furent approuvés lors d’un référendum, le 8 avril, par plus de 90 % des Français. Et le 1er juillet suivant, 99,72 % des habitants de l’Algérie choisirent l’indépendance. Il n’empêche : le cessez-le-feu n’établit pas aussitôt la paix.

Depuis des mois, des Européens d’Algérie et des militaires français qui avaient déserté pour garder ce pays à la France - et, pour certains, prendre le pouvoir à Paris- avaient créé l’Organisation Armée Secrète (O.A.S.). Dès le 20 mars, ils multiplièrent les attentats. Contre les Musulmans mais aussi contre des militaires français. Alors, l’armée réagit. Elle fit le siège du sympathique quartier européen de Bab el Oued devenu un bastion de l’OAS. Pis encore, une manifestation de protestation des autres quartiers se heurta, dans une rue centrale, à de jeunes tirailleurs qui n’avaient aucune expérience du maintien de l’ordre. C’était évidemment une erreur de les placer là. Un provocateur tira depuis un toit. Ils firent feu. Les manifestants perdirent 66 morts et près de 200 blessés.

100 000 victimes

Ces scènes de guerre civile allaient multiplier les folies meurtrières. Car le FLN, d’abord calme, allait riposter. Car le gouvernement de Paris allait envoyer en Algérie des agents secrets, parfois des mercenaires sans scrupule, que l’on baptiserait « barbouzes » et qui mèneraient contre les commandos de l’OAS une lutte impitoyable.

La folie qui régnait à Alger se propagea bien sûr à d’autres villes, Oran notamment, et provoqua le départ de nombreux Européens. Jusqu’au jour où le dernier chef de l’OAS donna consigne, à la fin de juin, de cesser le feu. Et même de voter pour l’indépendance !

Dans les campagnes, parfois plus calmes, des Européens furent, dans le même temps, enlevés ou tués (environ 1 300 entre le cessez-le-feu et la fin de l’année). Et les harkis ou autres supplétifs qui avaient rejoint l’armée française furent torturés ou tués (la plupart après l’indépendance) : on parlera de plus de 100 000 victimes… On ne saura jamais.

Trop de haines avaient été créées pendant la guerre. Trop d’inconscience avait été entretenue chez les Européens par leur presse, par des militaires aussi, des patriotes qui voulaient enfin remporter une victoire après les défaites de 1940 et de l’Indochine. Depuis des décennies, trop de promesses n’avaient jamais été tenues. Les Algériens avaient souffert de tant de mépris que les accords d’Evian ne pouvaient être autre chose qu’un constat de faillite. Ils ne furent guère appliqués. Mais ils évitèrent le pire. Ils établirent, peu à peu, un bien inestimable : la paix.

Demeure toujours, en bien des cœurs, une plaie mal refermée, prête à s’ouvrir au moindre souvenir.

Jacques DUQUESNE

 

 

 

 

Tag(s) : #Associations
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :