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« Il fallait arrêter les frais »

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Le retraité a consigné ses souvenirs dans une valise en métal rangée au grenier. Elle contient notamment son livret individuel, des photos jaunies et son képi jaune et bleu. Photo M. J.

Demain, Louis Carré ne manquera pas la cérémonie de commémoration du cessez-le-feu du 19 mars 1962. La guerre d’Algérie à laquelle il a participé a profondément marqué le Mesvrien.

Vingt-sept mois. L. Carré a passé 27 mois à combattre. « En janvier 1961, j’étais particulièrement content de rentrer ». Survie. « J’ai eu chaud, j’ai eu peur mais je suis passé à travers alors que des copains sont tombés en Algérie ».

L’Afrique du Nord, il ne connaissait pas avant d’être mobilisé à tout juste 20 ans. « C’était peut-être pas une vraie guerre, mais on a risqué notre vie tous les jours », rappelle cet ancien combattant de 72 ans en gardant en tête « les ennemis cachés sous terre ».

C’est le 5 novembre 1958 que ce jeune ouvrier agricole du Sud Morvan est appelé. « J’ai passé deux jours à Chalon, le temps de me faire vacciner contre un tas de maladie puis encore deux jours à Marseille avant de rejoindre par bateau Oran ». Il intègre alors le 2 e régiment de tirailleurs algériens. « On n’était seulement sept Français sur 57 hommes. On se faisait vite des copains, du nord ou du midi ».

Lourd paquetage

De ses quatre mois de classes à Mostaganem, en bord de mer, Louis Carré retient une ambiance relativement détendue. « On n’a pas tiré un coup de fusil pendant cette période ! ». Il est ensuite muté ensuite au 1 er régiment de tirailleurs. « On ne faisait que du crapahutage. Il fallait ratisser le terrain », explique le septuagénaire. « On couchait généralement sous notre tente même pas montée. On s’y enveloppait car les nuits étaient froides ». Les opérations se sont succédé de 1959 à 1960. « On passait parfois des semaines sans rentrer à la base. En treillis et rangers, il nous fallait porter un lourd paquetage avec notre fusil-mitrailleur et le casque lourd », poursuit le retraité qui a été marqué par la chaleur. « Ce qu’on mangeait ? Des boites de ration, ça allait encore. Il y avait aussi le pain de guerre, un biscuit plutôt joli mais même en le laissant tremper une heure, il restait dur ! »

« Pacification »

Louis Carré se souvient du cantonnement : « Levés à minuit, on devait être dans le camion à une heure du matin, pour se mettre en place avant l’aube ». Les accrochages avec l’ennemi, il ne les a pas comptés. « Il y a eu des pertes de part et d’autre, c’est certain. Une fois dans le Sud Algérois, on a échangé des tirs pendant tout un après-midi dans les roches. J’ai vu l’un des nôtres tomber, très grièvement blessé ». Le Français touché s’en est finalement sorti.

« Ca devait être dur pour les Algériens qui combattaient les leurs », concède le retraité marqué par des images difficiles. « Ça ne fait pas si longtemps que je n’en rêve plus la nuit. J’entends encore les tirs. Il faut alors vite se mettre à plat ventre… On avait la consigne de ne pas trop riposter… », détaille Louis Carré en évoquant la mission de « pacification » qui était confiée aux combattants. « Notre rôle : maintenir l’ordre, et assurer la protection des colons ». Les jours de repos, les tirailleurs faisaient leur lessive. « Tant qu’on ne rentrait pas au camp, on lavait notre treillis à l’essence ! ». Le temps libre était consacré à écrire à la famille et à jouer aux cartes ou à la pétanque.

Caporal-chef, le Mesvrien aurait pu poursuivre dans l’armée et passer sergent. « J’ai préféré la vie civile et j’ai fait carrière en tant que maçon ». Il a consigné ses souvenirs dans sa valise en métal rangée au grenier qu’il ouvre de temps à autre pour regarder son livret individuel, quelques photos jaunies et son képi jaune et bleu de tirailleur. « Ce que je voudrais, c’est qu’on ne voit plus jamais ça ! ».

Muriel Judic

 

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