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Gilles Manceron à Guelma, le 8 mai 2011 : « regarder la vérité en face »

 gilles manceron-19ace

 


article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la France et son passé en Algérie
date de publication : lundi 9 mai 2011




Les massacres du 8 mai 1945 en Algérie doivent être reconnus comme crimes de "masse" parmi les plus révélateurs de l’histoire de la colonisation, dont la violence "n’est en rien comparable à celle des colonisés insurgés", a affirmé dimanche, à Guelma, l’historien français Gilles Manceron, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme.

Il faut "regarder la vérité en face et cesser de s’en tenir aux clichés et aux préjugés qui étaient ceux des colons et de l’administration coloniale", a-t-il déclaré lors du 9ème colloque international de Guelma sur les massacres du 8 mai 1945, intitulé "Les massacres de mai 1945 et d’août 1955 par l’armée française : reconnaître les crimes et écrire l’histoire".

 

CRIMES COLONIAUX – Gilles Manceron : Aucune "symétrie" entre violence coloniale et violence libératrice

[APS – dimanche 8 mai 2011 18 : 49]

 

Le conférencier, également rédacteur en chef de la revue de la Ligue des droits de l’homme, Hommes et Libertés, donnait une conférence en présence du ministre des Moudjahidine, M. Mohamed Chérif Abbas, à l’ouverture du 9ème colloque international sur les massacres du 8 mai 1945, intitulée "Les massacres de mai 1945 et d’août 1955 par l’armée française : reconnaître les crimes et écrire l’histoire".

Pour l’historien français, sortir de la période coloniale "signifie, aujourd’hui, reconsidérer l’histoire de cette période car cette dernière tournait le dos aux idéaux de justice, d’égalité, de dignité et de droits de l’homme, alors même qu’aujourd’hui le monde arabe enregistre des sursauts animés par ces idéaux, semblables par plusieurs aspects, aux mouvements de décolonisation inaugurés par la fin de la deuxième guerre mondiale". Il faut, a-t-il ajouté, "regarder la vérité en face et cesser de s’en tenir aux clichés et aux préjugés qui étaient ceux des colons et de l’administration coloniale". Il a également rappelé qu’en 1942, "les Algériens, toutes tendances confondues, y compris les plus modérés, avaient légitimement rejoint la revendication indépendantiste, considérée, alors, comme une juste attente de leurs efforts de guerre aux côtés des alliés qui venaient de débarquer en Afrique du Nord". M. Manceron a estimé que les efforts de la France officielle en vue de reconnaître sa responsabilité dans les massacres, demeurent "timides", limités au niveau diplomatique, et "n’ont pas encore d’impact sur l’opinion publique française, comme en témoigne la censure encore de mise, prouvée par la réaction des ultras, il y a une année, lors de la projection du film de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi, au festival de Cannes, film dans lequel était incluses six minutes d’images sur les massacres du 8 mai 1945".

Jugeant "insuffisantes", les initiatives françaises reconnaissant les massacres du 8 mai 1945, comme ce fut le cas, il y a trois ans, à Guelma, lorsque l’ambassadeur de France avait déposé une gerbe de fleurs sur le Carré des martyrs, Gilles Manceron a souligné que le "travail des historiens progresse avec plus de précision et de rigueur", citant notamment le livre de l’historienne Claire Mauss-Copeaux, paru au début de l’année à Paris, sous le titre Algérie le 20 août 1955, insurrection, massacres, répression. Mme Mauss-Copeaux avait réalisé, rappelle-t-on, un travail exemplaire, en s’attardant sur des gros plans détaillés, consacrés aux victimes européennes de ces évènements, à El Alia, à l’est de Skikda (Philippeville) et à Ain Abid (Sud-Est de Constantine), mettant en exergue la comparaison abusive entre les pertes européennes et les massacres systématiques et répétés des colonisés, dans le prolongement des exactions en cours depuis la conquête en 1830.

Gilles Manceron a dénoncé "les provocations des courants ultras qui persistent à imposer la thèse des bienfaits de la colonisation et projettent d’organiser un rassemblement à Nice (sud de la France) en 2012, après avoir célébré, dernièrement, l’anniversaire du putsch des généraux d’Alger, ce qui avait forcé des historiens à réagir pour rétablir la vérité des faits". Saluant les efforts "méritoires" de l’université du 8 mai 1945 de Guelma qui organise un colloque annuel sur ces évènements historiques, cet historien a estimé que "la neutralisation des courants négationnistes ne peut être opérée que par davantage de rigueur et de précision dans le travail des historiens qui doivent [à] éviter les affirmations ou les illustrations approximatives ou incertaines, comme l’amalgame de photographies ne correspondant pas aux évènements cités".

Succédant à l’historien et militant des droits de l’homme français, M. Mohamed-Larbi Ould Khelifa, président du Conseil supérieur de la langue arabe, est intervenu autour de "La symbolique du 8 mai 1945 dans la lutte du peuple algérien pour son indépendance". Il a proposé, dans ce contexte, une approche "mnémotechnique" dans la culture de la mémoire, pour permettre aux générations successives de garder vivants les souvenirs du combat du peuple pour sa dignité. De son côté, M. Lamine Bechichi, ancien ministre, est intervenu pour mettre en exergue "la richesse" et le "foisonnement" des références de la mémoire nationale, concernant les évènements du 8 mai 1945, un patrimoine historique et mémoriel qui se prolonge directement, par la guerre de libération nationale (1954-1962). Dernier à intervenir lors de la première journée du colloque, le Dr Aymen Salama, de l’université du Caire (Egypte), a développé les principales conséquences politiques des évènements du 8 mai 1945 en Algérie. La seconde journée de la rencontre sera consacrée à plusieurs interventions consacrées aux aspects politique, culturel et juridique des massacres du 8 mai 1945.

 

 

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