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Algérie-France :

le passé ne doit pas étouffer l’avenir

Par : Ameur OUALI

http://www.liberte-algerie.com/actualite/algerie-france-le-passe-ne-doit-pas-etouffer-l-avenir-chevenement-reunit-a-paris-un-panel-de-hautes-personnalites-des-deux-pays-168228 

Les célébrations du cinquantenaire de l'indépendance ont commencé ce week-end à Paris au 101, rue de l'Université, une annexe du Palais Bourbon (Assemblée nationale), où l'association France-Algérie a organisé un colloque consacré à l'avenir de la relation entre les deux pays.

L’association est désormais présidée par Jean-Pierre Chevènement, un souverainiste qui compte parmi les plus fervents amis de l'Algérie. Il a réuni autour de lui un panel de personnalités qui ont à cœur de féconder ce sentiment car entre l'Algérie et la France, “il existe quelque chose de puissant, d'indéfinissable, mais de palpable que j'appellerai l'identité franco-algérienne qui transcende nos appartenances nationales”. Côté algérien, il y avait le ministre, Chérif Rahmani, mais aussi l'ancien Premier ministre, Sid-Ahmed Ghozali, l'ancien chef de la diplomatie, Lakhdar Brahimi, et l'ambassadeur Missoum Sbih, arrivé juste avant la clôture.
Un retard qui l'a rendu si visible qu'il a été interpellé sur l'absence des responsables algériens sur le front médiatique et sur la réticence de l'Algérie à délivrer des visas aux journalistes français alors que leurs homologues algériens ne rencontrent aucun obstacle. Le monde des affaires était représenté par le patron de Cevital, Issad Rebrab. Côté culture et médias, il y avait Boualem Sansal, Rachid Boudjedra, Hocine Yacef, Malek Chebel et Omar Belhouchet. Outre M. Chevènement, il y avait, pour la France, la vice-présidente du Sénat, Bariza Khiari, le sénateur Jean-Pierre Raffarin, l'ambassadeur Xavier Driencourt et ses prédécesseurs, Hubert Colin de la Verdière et Alfred Siefer Gaillardin. À leurs côtés, des hommes d'affaires, des universitaires et des figures des médias comme Jean-Daniel et Jean-Pierre El-Kabach, tout deux nés en Algérie.
Le colloque se voulait “résolument prospectif” avec l'objectif de dessiner “le contenu de ce que pourrait être un partenariat de longue durée dans les domaines économique, culturel et diplomatique”. Boualem Sansal a planté sa plume acérée d'écrivain pour dénoncer les gouvernements des deux pays qui “ne sont amis que lorsque cela les arrange” pendant que les deux peuples ne comprennent pas qu'on les embête avec ces histoires de passé sans cette “tripatouillée”.
Alors qu'est relancée la coopération économique désormais visible avec le métro et le tramway d'Alger ou les agences BNP et Société Générale qui essaiment à travers le pays, l'avenir n'est que prometteur dans le domaine. Principaux atouts relevés : une situation financière saine et robuste, une abondance de liquidités en dinars, des cadres compétents qui ont juste besoin d'adapter leur formation théorique, une langue commune, une proximité géographique et un effet rattrapage qui fait de l'Algérie un pays où beaucoup de choses sont à développer.
Les ajustements juridiques de 2009 n'apparaissent plus rédhibitoires en ces temps de crise internationale marquée par le retour de l'État, même dans les pays les plus libéraux. Les hommes d'affaires français croient déceler en Algérie “une volonté clairement affichée de développer l'investissement et l'emploi des jeunes”. Avec un secteur industriel hors hydrocarbures qui représente 5% du PIB, il y a fort à faire. Mais attention : en Algérie, il faut avoir une vision à long terme ! a prévenu Laurent Dupuch à l'adresse de ceux qui seraient tentés par des “coups”.
Cette vision est largement partagée par Issad Rebrab qui a présenté son parcours et ses projets. Le patron de Cevital a entamé sa carrière par l'ouverture d'un cabinet d'expertise comptable en 1968, suivie, trois ans après, d'une participation de 5 000 dollars dans une unité de transformation métallurgique avant d'écrire une success story qui l'a conduit à bâtir le premier groupe privé du pays. En 2011, le chiffre d'affaires du groupe va dépasser les deux milliards d'euros et le nombre de collaborateurs franchira la barre des 12 000 contre 700 lors de la création de Cevital en 1998.
M. Rebrab ne s'est pas privé de déplorer les pesanteurs administratives qui empêchent la réalisation d'un port à Cap Djinet de 55 000 hectares, projet qui a soulevé l'admiration de Jean-Pierre Chevènement par sa capacité à attirer vers le Maghreb proche des délocalisations orientées vers l'Asie du Sud-Est ou les pays du Golfe.
Quant à la relation bilatérale, M. Rebrab a évoqué une certaine “méfiance” réciproque qui l'empêche de se hisser au niveau des espérances. “Le niveau des relations est en deçà de ce qu'il devrait être”, a confirmé Sid-Ahmed Ghozali. Pour celui qui fut le jeune patron de Sonatrach, l'énergie peut constituer un puissant levier pour relever ce niveau.
Intervenant sur le thème de la géopolitique, Jean-Pierre Raffarin a estimé que l'Algérie “est l'un des pays les plus pertinents pour le XXIe siècle”  de par son potentiel de croissance, sa capacité d'investissement et sa position intercontinentale stratégique. À l'heure où s'organisent les pôles et où émergent les “pays-continents”, l'Algérie peut devenir le pivot du continent Eurafrique dans le monde multipolaire, selon le sénateur. A contrario, Lakhdar Brahimi estime que “la région du Printemps arabe offre la perspective d'une coopération féconde”. Cet angle d'attaque lui a permis de rappeler les contentieux entre les deux pays : le Sahara occidental, la Libye, le Moyen-Orient et l'Iran.
Sur une question internationale comme le Sahara occidental, “la France a choisi de s'activer aux côtés du Maroc” ; au Moyen-Orient, les Occidentaux ont fait le choix de parler des “besoins de sécurité d'Israël” plutôt que des “droits spoliés des Palestiniens”. Quant au nucléaire iranien, “le danger vient-il des armes qui n'existent pas encore ou de celles qui existent”, s'est demandé l'ancien chef de la diplomatie dans une allusion à l'arsenal israélien. Au demeurant, si l'Iran est aujourd'hui “la puissance importante de la région” alors qu'elle n'en était qu'une des puissances, c'est le résultat de l'invasion de l'Irak. Sur tous ces sujets, M. Brahimi a suggéré “un dialogue ambitieux avec la France”.   
Seul ministre en exercice à intervenir lors du colloque, Chérif Rahmani qui a fait deux propositions concrètes : faire de l'Algérie le siège de l'Agence pour les villes durables envisagée dans le cadre de l'UPM et créer en Algérie un centre pour les technologies nouvelles (biotechnologies, start-up, business center). Un autre moyen de privilégier l'avenir.  
“J'ai voulu que ce colloque soit tourné vers l'avenir, non parce que le passé ne devrait pas être assumé, avec ses lumières et avec ses ombres. Rien ne peut faire que le passé n'ait pas existé et que pendant 132 ans le système colonial n'ait pas pesé lourdement sur notre relation.” Mais “le passé ne doit pas étouffer l'avenir” et “nous devons bâtir un pôle solide entre les deux rives de la Méditerranée”, a jugé
M. Chevènement. Et citant Jacques Berque, il a souligné : “Nous ne nous sommes pas entrelacés pendant plus d'un siècle sans qu'il n'en demeure quelque chose.”
A. O.

  Nos amis réagissent et n'ont pas tous

le même point de vue

Henri POUILLOT

Suite au colloque de JP Chevènement à l'Assemblée nationale, j'ai publié sur mon site et sur mon blog de médiapart l'interpellation que j'ai faite à Chevènement et une analyse succincte de cette réunion. 

Voici les 2 adresses
http://www.henri-pouillot.fr/spip.php?article257
http://blogs.mediapart.fr/blog/henri-pouillot/191211/jean-pierre-chevenement-et-lalgerie
Bien cordialement

*********

Jean-François GAVOURY 

  Mon cher Henri,

J’ai un peu de mal à te suivre dans ce regard négatif porté sur ce colloque, et pas seulement parce que ta critique fait nécessairement de la peine à ceux qui, de près ou de loin, ont participé à son organisation, tel notre ami Jean-Pierre Gonon.

Je m’efforce de ne pas donner dans la candeur naïve ni dans l’optimisme béat, mais j’entends également ne pas porter de jugement excessif sur une manifestation qui représente un progrès considérable par rapport à l’ère Joxe.

L’Association France-Algérie n’est pas un rassemblement d’historiens et/ou témoins de la guerre d’Algérie.

Elle a statutairement pour objet de concourir au développement de relations amicales et au progrès de la coopération entre Français et Algériens.

Il n’est pas anormal que son colloque se soit situé dans le champ du prospectif.

C’était d’ailleurs annoncé :

Ce colloque dessinera le contenu de ce que pourrait être un partenariat de longue durée dans les domaines économique, culturel, diplomatique qui tienne compte aussi de l’importance de la dimension humaine de nos relations.

A la veille du cinquantième anniversaire de l’indépendance, nous souhaitons tracer les contours de ce que pourrait offrir une relation franco-algérienne féconde. Dans le domaine de la croissance, de l’emploi, de l’investissement, de l’énergie, mais aussi dans le domaine de la culture, de l’édition du cinéma, ou encore dans la coopération universitaire et scientifique, ou l’aménagement du territoire, nous avons tant à faire ensemble. Nous traiterons aussi de l’évolution en miroir de nos deux sociétés, du regard croisé de nos médias. Et enfin, dans la globalisation, l’Algérie et la France pourront-elles trouver le chemin d’une action capable de peser sur les affaires du monde

Je retiens quant à moi de très belles interventions, notamment de Jean-Pierre Elkabach, et une condamnation explicite de l’OAS par plusieurs intervenants et non des moindres.

Bien à toi,

**********

 Jacques PRADEL

  Chers amis,

Je n'ai pas assisté au colloque de France-Algérie (ou de JP Chevènement?!), mais j'en ai eu quelque nouvelle par JP Gonon hier au téléphone, pas si enthousiaste. Jean-Pierre, qui est pourtant vice-président de l'association France-Algérie, avait plusieurs fois demandé que l'Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et Amis (ANPNPA) soit invitée au colloque; il ne l'a pas obtenu. Président de l'ANPNPA, j'étais disposé à y aller, mais peut être a-t-on pensé que les analyses de l'ANPNPA sur le passé et l'avenir des relations entre France et Algérie ne pouvaient pas coller avec l'esprit voulu pour le colloque?
Bien cordialement,

 

Henri POUILLOT

J'avais reçu ce message le 9 décembre :

Bonjour, Votre demande a bien enregistrée. N’oubliez pas de nous la confirmer dans les meilleurs délais.Nous vous rappelons qu’une pièce d’identité est exigée à l’entrée de l’Assemblée Nationale. Bien cordialement, Lise Lentignac Assistante Association France Algérie 52 rue de Bourgogne 75007 Paris Tel : 01 45 50 32 16/06 31 38 76 46
Mais en arrivant je n'étais pas inscrit sur la liste communiquée aux huissiers de l'AN ????? le matin, j'ai eu des doutes et admis que, peut-être, il y avait eu un cafouillage, doute renforcés par l'assurance de l'assistante, mais comme j'ai pu passer parce qu'un responsable de l'APS a insisté pour que je rentre "évidemment", je n'ai pas cherché plus loin. Mais après  avoir passé la journée, je suis convaincu que cette non inscription n'était pas fortuite, et que le déroulement avec la manip de supprimer l'accès aux questions dans la salle sur le thème de "la dimension humaine et sociale" est dans cette logique. JP Chevènement ne pouvait pas accepter que des questions gênantes lui soient posées sur cet aspect.

Certes l'intervention de JP Elkabach était intéressante, certes des allusions à l'OAS, au besoin de reconnaissance des responsabilités françaises ont bien été exprimées, mais pas développées, seulement au détour d'une intervention, et JP-C a "oublié" de relever, de répondre à ces allusions. Sur les questions des visas, des diplômes qui ont été évoquées, il y a eu prise en compte de cette demande par JP-C. Mais la peur des "sauvageons" a fait que seuls les diplômés ont eu droit à une demande très ferme, mais pas les manœuvres... 

Je n'ai aucun doute que JP Gonon a beaucoup donné pour ce colloque et je ne voudrais pas qu'il puisse penser que j'ai la moindre velléité de le mettre en cause quant aux objectifs. Mais dans la perspective du 50ème anniversaire de cette fin de la Guerre d'Algérie, les aspects moraux, des droits de l'homme ont une importance capitale. Il n'est pas tolérable que le Président de la République donne des leçons à la Turquie et "oublie" ce qui s'est passé, en particulier en Algérie. Ce ne sont pas les accord commerciaux (source actuelle d'une énorme corruption, oubliée d'être mise en cause d'ailleurs ce samedi) qui feront que les victimes (et de leurs familles) de ces crimes commis trouvent enfin une reconnaissance de leur douleur, de leurs souffrances... Les échanges économiques entre la France et l'Algérie peuvent être basés sur d'autres critères que ceux des marchés et du profit. Ne serait-il pas opportun que la France participe par exemple au financement d'un hôpital spécialisé, dans la Région de Régane, pour soigner les conséquences des essais nucléaires qui ont encore des effets terribles sur la population,locale et l'écosystème ?

Bien cordialement

 

Tag(s) : #Associations
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