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Paris, le 14 août 2010 [00 h 05].

 

Cher Monsieur,

 

Je vous remercie vivement de ces initiatives que vous prenez pour relayer le combat des fils et filles ainsi que des veuves de victimes de l'OAS.

 

L'extrait "vidéo" - accessible via "YouTube" - du film de François Margolin "OAS, une histoire interdite" se rapportant à la revendication par Jean-Jacques Susini de l'assassinat de mon père comporte une information erronée : le prénom de mon frère aîné est Christian et non Jean-Louis.

 

Le seul commentaire qu'il me paraisse possible de vous proposer à ce stade, et pour faire écho à votre article, consiste en la mise à votre disposition d'une correspondance que mon frère est parvenu à faire remettre au président de la juridiction de jugement des participants à ce crime.

 

Cette lettre donne un éclairage sur les moyens de défense utilisés à l'époque par les activistes de l'OAS, à savoir la diffamation.

 

Cinquante ans après, ces pratiques ont toujours cours.

 

Aujourd'hui comme hier,  la justice les condamne.

 

Mais demain, dans le cadre de la préparation du "rendez-vous mémoriel de 2012", ni les pouvoirs publics, ni la représentation nationale ne pourront faire l'économie de cet examen de conscience républicaine qu'appelle la dimension révisionniste de certaines mesures inspirées par les réhabilitateurs de l'OAS, en particulier depuis 2005.

 

L'heure me paraît être à la défense et à la promotion de la proposition de loi émanant, le 7 juillet 2010, du sénateur Guy Fischer, fixant la destination du Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et relative à la mémoire des victimes de l’OAS (Organisation armée secrète).

 

Je ne saurais trop recommander à ceux qui vous lisent d’alerter leur député, leur sénateur, sur l’importance qui s’attache à ce qu’ils appuient cette initiative afin de la faire aboutir dans les meilleurs délais possibles.

 

Bien cordialement,

 

Jean-François Gavoury

 

 

 

 

Lettre de Christian Gavoury

au président du Tribunal militaire spécial de Paris

lue par son destinataire à l’audience du 30 mars 1962

 

 

 

Monsieur le président,

 

Puisque le fait que le jugement soit rendu par un tribunal militaire ne m’a pas permis de faire entendre ma voix en me portant partie civile, je prends la liberté de vous adresser cette lettre.

 

D’abord, il ne m’est pas possible de laisser diffamer la mémoire de mon père.

 

Pendant la guerre et durant l’occupation allemande, il a fait plus que son devoir.

 

Alors que, jeune commissaire, il occupait son poste à Hazebrouck, il a été choisi comme otage par la Gestapo, avec le maire et le juge d’instruction de cette ville, et menacé d’être fusillé.

 

Pourtant, par la suite, cela ne l’empêcha pas de faciliter l’évasion de nombreux soldats anglais terrés dans les caves, encerclés dans la ville.

 

A Sarcelles, quand les Allemands abattaient les avions alliés, il essayait d’être, avant la Feldgendarmerie, sur les lieux où les parachutistes avaient sauté, pour les soustraire à la captivité.

 

Evidemment, il ne m’est pas possible de retrouver des témoins : maire d’Hazebrouck, juge d’instruction et officiers alliés.

 

Quant au témoin appelé par la défense, mon père l’avait arrêté dans cette ville pour marché noir.

 

En ce qui concerne la réalité de son antisémitisme, je la connais, et beaucoup avec moi.

 

L’un des meilleurs amis de mon père à   Alger était le commissaire Goldenberg. Or, ce commissaire fut également abattu par l’OAS !

 

Mon père a été, jusqu’à sa mort, un vrai Français, un homme profondément épris de liberté individuelle, profondément juste.

 

Le seul reproche qu’il soit possible de lui faire, c’est de n’avoir jamais permis que le sang soit versé en Algérie.

 

Un père, enfin, dont je suis fier.

 

M. l’avocat général a omis de dire qu’il laisse trois fils, dont le plus jeune est un orphelin de onze ans et que ses assassins sont aussi responsables de la mort de ma grand-mère, apprenant à la radio la fin tragique de son fils.

 

Pour la défense d’un des accusés, il a été question du "désir de vengeance légitime de ce fils dont le père a été assassiné.".

 

Je ne peux m’empêcher de penser que je pourrais être un jour à la place de cet accusé, défendu dans les mêmes termes, si une justice équitable n’était rendue.

 

Mais, Monsieur le président, je sais combien vous êtes épris vous-même de cette justice. C’est pourquoi je vous accorde toute ma confiance.

 

 

 

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