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Aujourd’hui, l’écrivain et scénariste de la BD « Octobre noir » rencontrera à 14 heures à, la médiathèque, des collégiens et lycéens.

http://www.lamontagne.fr/limousin/actualite/departement/correze/tulle/2012/09/28/lecrivain-didier-daeninckx-est-a-tulle-pour-evoquer-le-massacre-du-17-octobre-1961-1725221.html

 

« Coloniser, contraire à la République »

 

Interview :

En 1984, vous avez publié le roman « Meurtres pour mémoire » qui racontait la dérive sanglante de la manifestation FLN du 17 octobre 1961 à Paris. La BD «Octobre noir», que vous allez présenter à Tulle, a la même thématique. Pourquoi revient-elle autant dans votre travail ?

À la fin de la guerre d'Algérie, j'avais une douzaine d'années. Une de nos voisines, Suzanne, a été tuée, par les policiers parisiens, lors d'une autre manifestation des Algériens, à la station de métro « Charonne », le 8 février 1962. J'avais été extrêmement choqué par la mort de cette femme qui était une amie de ma mère. Ses enfants allaient dans le même collège que moi. Lors de son enterrement, il y avait des dizaines de milliers de personnes. Avec tout le collège, tous habillés en noir, on marchait derrière son cercueil. Ca m'a marqué très profondément et a fragilisé énormément la confiance que j'avais en l'avenir.

Dans nos têtes, les policiers, des gens qui devaient nous protéger, devenaient d'un coup des assassins de mères de famille. Plus tard, j'ai voulu écrire sur cette période. J'ai pris conscience qu'avant la mort de ma voisine, il y avait eu, en octobre 1961, une autre manifestation dans les rues de Paris, qui s'est soldée par plusieurs dizaines de morts.

 

« Crime d'État »

Pourquoi 52 ans plus tard, la France a toujours autant de difficultés à assumer ce qui s'est passé ?

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(Photo ajoutée à l'article)

Il y a eu des progrès. En 2011, au plus haut niveau, par la parole du président de la République, la France a reconnu le crime d'État commis le 17 octobre 1961.

Je pense, d'abord, que c'est extrêmement difficile pour un pays comme le nôtre de reconnaître une défaite. La guerre d'Algérie est une défaite devant un peuple de va-nu-pieds, sans véritable organisation militaire, ni moyens. C'est extrêmement compliqué d'admettre qu'une République comme la France a été colonisatrice, faisant exactement le contraire du message qu'elle envoyait au monde. C'est cet aspect schizophrénique qui est très compliqué à gérer. Dès l'instant où on ne prend pas comme base que la colonisation a été contraire aux idées de la République, on ne comprend rien, on se rend malade… ce qu'on est toujours, d'ailleurs.

La BD « Octobre noir » est préfacée par l'historien Benjamin Stora. À la fin de l'album est publiée aussi une liste des morts et des disparus. C'est une démarche assez particulière pour ce genre de publication ? Le scénario que j'ai écrit est inspiré de ce qui est arrivé à Fatima Bédar, tuée pendant la manifestation. Il reste de l'ordre de la fiction, mais il n'est pas loin de la réalité. On a voulu encadrer cet album par la préface de Benjamin Stora, situant les enjeux de la guerre de la libération algérienne. Par ailleurs, on voulait aussi dire aux lecteurs "on vous a raconté une histoire, mais regardez ce qui s'est réellement passé".

Cet album est pour vous une manière de toucher les jeunes ?

Pendant nos rencontres avec les jeunes, on s'est rendu compte, le dessinateur Maco et moi, que ces événements, vieux déjà d'un demi-siècle sont hors d'imagination pour eux. Mais, beaucoup de jeunes qui sont nés Français, dont les parents sont nés Français, alors que leurs grands-parents étaient des Algériens ou Marocains, s'aperçoivent qu'ils sont toujours traités comme « issus de ». Le personnage qu'on met en scène dans « Octobre noir » vit justement cette double identité. Il est pleinement Français, il fait du rock, mais le regard qu'on porte sur lui est celui qu'on porte sur un étranger.

Dans vos livres vous n'hésitez pas à aborder des sujets délicats, suscitant la polémique. Quel est selon vous, le rôle d'un écrivain dans la France d'aujourd'hui ?

L'histoire de l'engagement est compliquée. Au siècle dernier, les écrivains engagés se sont faits complices du pire. Nous vivons une époque, qui nous oblige à avoir tous le regard braqué sur des écrans. On a donc accès à un monde qui est cadré par d'autres, un monde mutilé. Le rôle de l'écrivain, du cinéaste et de tous les gens qui ont le temps de réfléchir aux choses, est de dire "On vous oblige à regarder un cadre, mais en haut, à droite, à gauche, en dessous, il y a des choses qui se passent et qui sont peut-être plus importantes. Quelqu'un a sélectionné pour vous sa vision du monde. Essayez d'avoir votre propre vision". Un écrivain se doit d'avoir un regard biaisé, décadré.

Dragan Pérovic

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