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L’activisme mémoriel d’Hubert Falco

Informations communiquées par la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon

   

Le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a annoncé qu’il installera aux Invalides, mardi 19 octobre 2010, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc [1].

Cette fondation, loin d’être « au service de l’histoire » comme ne cesse de le marteler le secrétaire d’État, vise à « choyer les milieux nostalgiques de l’Algérie française » en tentant de « redresser l’image de la “présence” française “outre-mer” ».

C’est ce que l’historienne Sylvie Thénault expose dans cette tribune publiée dans l’édition de Libération datée du 15 octobre 2010 [2].

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« La mémoire divise, l’histoire rassemble. »
Pierre Nora

 

La composition du conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie est la nouvelle majeure attendue

 ce 19 octobre 2010

Le 19 octobre, Hubert Falco, secrétaire d’État aux Anciens Combattants, devrait inaugurer la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie. Son inscription dans la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 appelait à la promotion des « aspects positifs » de la colonisation, rend limpide sa signification politique : il s’agit de choyer les milieux nostalgiques de l’Algérie française qui, hérissés par le débat médiatique sur la torture en 2000, ont entrepris de redresser l’image de la « présence » française « outre-mer ».

A ce titre, la fondation relève d’une politique publique de gestion de la mémoire à vocation électoraliste qui, si elle fantasme sur un « vote pied-noir » dont l’existence est loin d’être prouvée, touche certainement les nationalistes, irréductibles défenseurs de l’Algérie française.

La fondation exercera un contrôle à la source car, dotée d’un budget de 7 millions d’euros, elle devrait financer la production de travaux – une aubaine au moment où les coupes budgétaires amputent les crédits des laboratoires de recherche.

Clandé Bébéar, ancien PDG d’AXA, qui commanda des harkis pendant la guerre et défendit leur cause, est pressenti pour en présider le conseil d’administration, au sein duquel doivent siéger des associations militaires comptant des généraux signataires d’un manifeste justifiant la torture.

Ainsi conçue, la fondation porte en elle une vision de l’histoire inscrite dans un cadre national, célébrant une époque révolue ou la France, pays des Lumières, apportait la civilisation dans des sociétés condamnées à rester en hors-champ ; comme si la colonisation n’avait été qu’une affaire d’exportation européenne dans des contrées vides d’hommes et sans passé.

Les historiens ont pourtant largement – et depuis longtemps – dépassé une telle conception. Politiquement même, alors que la réconciliation franco-allemande n’a pu faire l’économie d’un réexamen critique de ce passé commun, est-il cohérent de traiter la mémoire de la guerre d’Algérie en ignorant son autre protagoniste ?

Des historiens, réunis par un désir consensuel d’indépendance, au-delà de leurs opinions et de leur rapport personnel à ce passé, ont dénoncé cette fondation depuis 2005, au point que son installation a été plusieurs fois repoussée, faute de trouver des volontaires pour le conseil scientifique.

La composition de ce dernier est la nouvelle majeure attendue ce 19 octobre.

Sylvie Thénault

 

Notes

[1] Le secrétaire d’Etat, le président et le conseil d’administration de la fondation tiendront un point presse mardi 19 octobre à 10h à l’Hôtel national des Invalides.

[2] Sylvie Thénault, chargée de recherche au CNRS, est affectée au Centre d’histoire sociale du XXe siècle.
Dernier ouvrage paru : Histoire de la guerre d’indépendance algérienne, Flammarion, 2005.

 

 

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