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C’est le titre d’un livre écrit par Bernard Dravet qui a participé en tant qu’appelé du contingent à la guerre d’Algérie dans les années 59 / 61.

« J'ai été officier appelé dans le Constantinois montagneux. Refusant avec ma section la torture et les exactions, j'ai été muté 6 fois. J'ai fait toute sorte de postes. J'ai fini au commandement de 60 harkis. Quand je suis allé à l'hôpital à Constantine, ils ont attaqué le poste et ils ont emporté des armes. La population était contre nous, elle nous envoyait les chiens. Il y avait une prison où on entassait hommes et femmes leur faisant subir des tortures, parfois on les amenés dans des expéditions punitives ».  

Bernard Dravet

http://cessenon.centerblog.net/6569606-la-guerre-d-algerie-50-ans-apres

Bernard Dravet est originaire de Marseille et était sous-lieutenant dans le Constantinois où il a été affecté à plusieurs commandements dont celui d’une section de harkis, d’une SAS... Il sera un moment dans un dispositif de l’action psychologique ainsi que dans un Centre de Tri  et de Transit où étaient regroupés les suspects. On n’y lésinait pas avec les moyens employés lors des interrogatoires !

L’auteur est alors croyant et les exactions de l’armée (torture, exécutions sommaires, corvées de bois, viols….) auxquelles il assiste le révulsent. Il sera néanmoins décoré pour son action lors d’un accrochage avec un groupe de l’ALN.

Bernard Dravet a vécu le putsch des généraux félons en avril 1961 et il rend compte du rôle des appelés du contingent dans son échec. L’ouvrage comporte plusieurs récits d’appelés recueillis à ce sujet.

L’auteur décrit le quotidien dans les casernements de fortune. On y trompe son ennui avec une addiction assez générale à la bière ! La misère affective est également évoquée, le conditionnement des consciences aussi avec ses conséquences sur le comportement, souvent raciste, à l’égard des Algériens.

Bernard Dravet fait également état de diverses publications, dans leur majorité d’origine catholique, destinées aux appelés. L’une d’entre elles d’ailleurs, appelée Liaisons, est plus large et a pour vocation de rassembler tous les anticolonialistes avec pour objectif une action politique dans l’armée.

Une histoire de l’Algérie est présentée et est soulignée toute l’injustice du système colonial pour les petites gens. Sont également abordés le problème des harkis, celui des militaires de carrière, des camps de regroupement….

L’ouvrage, que nous avons pu lire sur la Toile, est préfacé par Michel Rocard et Simone de Bollardière.

Un témoignage supplémentaire, ils sont précieux car ils sont assez rares venant des appelés du contingent, de ce qu’a été la guerre d’Algérie. J’y ai été d’autant plus sensible qu’il concerne une période que j’ai personnellement vécue sur le terrain, même si la situation dans le Sud Oranais et ma position de soldat de deuxième classe étaient sensiblement  différentes de celles du sous-lieutenant Dravet en Kabylie.

Jacques CROS

 ***

 

Le témoignage de Gérard Davancens

19 rue Iraty 64140 Billère

 
J’ai lu avec une grande attention le livre de Bernard Dravet sur la guerre d’Algérie et  j’ai relevé un passage de Michel Rocard sur le push d’Alger qui m’a particulièrement intéressé.

Il se trouve qu’à cette date, j’étais incorporé à la BA 149 d’Alger Maison Blanche et que j’ai donc vécu de près ce qui s’est passé à ce moment-là ,qui pourrait éclairer les propos de monsieur Rocard.

Donc, dans la nuit du 20 au 21,je me trouvais de convoyage dans les environs d’Alger ,quand j’ai vu les rues de la ville envahies par des colonnes de militaires et de véhicules qui convergeaient toutes vers le centre ville.

De retour au petit matin à la base, je relate les faits et nous entendons sur les transistors l’appel des généraux pushistes. Nous nous rassemblons sur la base, entrons en contact avec la base de Blida à Boufarik pour organiser la résistance. Les gars des ateliers sabotent les nord atlas

C’est alors qu’arrive la Légion étrangère qui envahit les lieux et nous nous trouvons face à face ; il suffit d’une étincelle pour tout embraser.  Tout à coup, sans savoir pourquoi, la Légion se replie vers Alger. Nous apprendrons plus tard que quelqu’un, dans les bureaux de la base, se faisant passer pour une autorité supérieure (je ne sais laquelle), a appelé par téléphone le commandant des légionnaires pour lui donner ordre de se replier sur Alger où il y avait des troubles.

A nous d’organiser la résistance. Notre colonel, favorable à la rébellion est maintenu enfermé dans son bureau tandis qu’un capitaine de la BRCS, le capitaine Minvielle je crois, nous prend en main. Nous sommes seuls ou presque, les gradés se sont pour la plupart évaporés et ne ressortiront que plus tard pour prendre un galon.

Les faits s’embrouillent avec le temps mais je revois les Nord Atlas, rapidement remis sur pied, décollant  pour Marseille se mettre à l’abri, malgré des obstacles mis sur les pistes ,chacun courant pour essayer d’y monter et filer vers la France. On voit ainsi les avions décoller avec à bord des appelés dans leur tenue de travail, infirmiers, cuistauds ou autres ainsi que quelques gradés.

Des bruits courent que 2000 arabes fondent des hauteurs de Ruiba sur la base. Nous prenons les armes disponibles encore et organisons la garde autour de Maison Blanche. La première garde de nuit ne sera relevée qu’au petit  matin, les nouveaux arrivés, mort de frousse auraient même tiré sur la relève.

Puis De Gaulle reprend les choses en main, le push est  terminé, les avions reviennent avec à leur bord ceux qui les avaient emprunté à l’aller. Nous changeons de Colonel, et alors que nous aurions dû être décorés pour cette action, Mesmer, alors ministre des armées, donne les consignes pour avoir à l’œil le contingent car tant qu’il y aurait des hommes qui avaient vécu cette période, il n’y aurait pas de discipline possible dans l’armée.

Voilà ce dont je me souviens en gros de cette période qui peut confirmer les suppositions de Monsieur Rocard dans sa préface.

Si vous le souhaitez vous pouvez lire l’intégralité du livre de Bernard Dravet en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://fr.scribd.com/doc/75437323/Guerre-d-Algerie-50-ans-apres

 

 

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