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La cause désespérée de l’OAS

http://www.reflexiondz.net/La-cause-desesperee-de-l-OAS_a14883.html


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UN PROCESSUS DE PAIX EN DANGER
Les accords d’Evian [19 mars 1962] ont prévu la constitution d’une force locale, composée des "auxiliaires de la gendarmerie et groupes mobiles de sécurité actuellement existant", des "unités constituées par des appelés d’Algérie et, éventuellement, par des cadres pris dans les disponibles.

Mais les Algériens ainsi armés rejoignent les unités de l’ALN qui, de fait, assurent, comme les forces françaises, patrouilles et contrôles de véhicules ou de papiers aux barrages.

Progressivement, la future capitale algérienne est laissée aux hommes du commandant Azzedine, envoyé par le GPRA pour reconstituer la Zone autonome d’Alger, et dont l’adjoint, Omar Oussedik, souffle à l’Exécutif provisoire des mesures de lutte contre l’OAS.

A Oran, en revanche, c’est l’armée française, sous les ordres du général Katz, qui est chargée du maintien de l’ordre. Des auxiliaires sont également embauchés dans les villes, sous l’appellation d’Attachés temporaires occasionnels (ATO).
L’OAS, qui a anticipé le cessez-le-feu en redoublant de violence, s’engouffre dans la brèche. Elle recrute, par contacts suivant des réseaux de sociabilité divers - famille, amis, voisinage, habitués d’un café -, dans la jeunesse masculine des villes à forte concentration française, Alger et Oran, plus particulièrement. À la lisière d’une criminalité de droit commun, ses membres maquillent des 403 volées, dépouillent des gardiens de la paix de leurs armes, se procurent des faux papiers et trouvent refuge chez des particuliers complices, qui tiennent appartement, maison, garage... à leur disposition. En son nom, des commandos de trois ou quatre hommes mitraillent des passants depuis leur voiture, et des jeunes gens, qui ont reçu une arme après un contact, suivi de quelques rencontres, avec un membre de l’Organisation, prennent des Algériens pour cible dans les rues, au hasard. L’OAS dispose aussi d’obus de mortier, tirés sur la place du Gouvernement général, à Alger, le 22 mars, et dans Oran trois jours plus tard. Aux plasticages, spectaculairement mis en scène par l’opération "Rock and Roll", dans la nuit du 5 au 6 mars, avec cent vingt explosions en deux heures, elle ajoute les attentats à la voiture piégée, qui font 25 morts à Oran, le 28 février, et 62 morts, le 2 mai, à Alger. Enfin, elle programme des journées de tueries aveugles, prenant des cibles au hasard, des préparateurs en pharmacie, le 17 mars, ou des femmes de ménage, le 5 mai. Ses commandos deltas procèdent à des assassinats, comme celui, le 15 mars, de six inspecteurs de l’Éducation nationale, dirigeant les Centres sociaux éducatifs, dont Mouloud Feraoun.
Cette violence, cependant, n’est pas seulement une fuite en avant désespérée. Elle relève aussi d’une stratégie : torpiller la sortie de guerre prévue, en tentant de provoquer, par les assassinats d’Algériens, une réaction de leur part, propre à rallumer la mèche - ce qui n’aboutit pas, la conscience de l’enjeu et la perspective de l’indépendance l’emportant sur d’éventuelles pulsions vengeresses. Le vocabulaire de l’instruction 29 de Raoul Salan, le 23 février, est significatif de cette stratégie : c’est "l’irréversible" qui "est sur le point d’être commis" ; c’est "l’irréversible", par conséquent, qu’il faut empêcher. Dans cet esprit, l’ex-colonel Gardes tente de constituer un maquis dans l’Ouarsenis, avec l’aide des hommes du bachaga Boualam, mais les maigres troupes activistes sont vite anéanties par les soldats français.
Le chef de l’OAS prévoit aussi le déclenchement d’une insurrection des Français d’Algérie. Le 22 mars, des groupes armés s’installent dans le quartier populaire de Bab-el-Oued, voisin de la Casbah à majorité algérienne, à l’ouest d’Alger. Ils tuent 5 jeunes du contingent, en patrouille, provoquant l’encerclement du quartier par les forces françaises, qui l’investissent, faisant 35 morts et 150 blessés, et le coupent de l’extérieur. Le 26 mars, l’OAS appelle les Français d’Algérie en renfort. Venus des quartiers de l’Alger coloniale, à l’est, rassemblés rue Michelet, les manifestants empruntent la rue d’Isly pour rejoindre Bab-el-Oued. Mais ils se heurtent en chemin à un barrage confié à des tirailleurs, qui font feu. Le bilan - 54 morts et 140 blessés - traumatise la communauté européenne, désormais certaine d’avoir perdu, et dont 20% ont déjà fui au moment des accords d’Évian. L’OAS peut bien interdire les départs, synonymes d’abandon, ceux-ci se multiplient : les Français sont 46030 à gagner la métropole en avril, 101250 en mai, 354914 en juin et 121020 en juillet, 95578 en août... Rares sont ceux qui reviennent ou ceux qui restent : en 1963, l’Algérie indépendante ne compte plus que 180000 Français sur son sol .
Ces départs obligent l’OAS à revenir sur son interdiction ; l’Organisation est définitivement affaiblie, privée qu’elle est de son vivier de recrutement. Maquis et insurrection ont échoué. Fragilisée, elle est d’autant mieux infiltrée, puis décapitée par les services spécialement voués à son éradication : Edmond Jouhaud est arrêté à Oran le 25 mars, Roger Degueldre, chef des commandos Deltas, le 6 avril, puis Raoul Salan le 30 avril. Jean-Jacques Susini et Jean-Claude Pérez portent alors l’Organisation à bout de bras, tandis que dans les rues d’Alger les hommes du commandant Azzedine font la démonstration de leur force. C’est à ce moment que les irréductibles se lancent dans la politique de la terre brûlée, incendiant mairies, écoles et autres bâtiments publics. La bibliothèque de l’université d’Alger brûle ainsi le 7 juin. Mais, à cette date, Jean-Jacques Susini a déjà pris contact avec Abderrahmane Farès, par l’intermédiaire de Jacques Chevallier, pour conclure un accord.  Le 17 juin 1962, celui-ci est passé avec le Dr Chawki Mostefaï, membre de l’Exécutif provisoire agréé par le GPRA, même si ce dernier dément avoir cautionné de tels contacts. En échange de l’arrêt des violences, Jean-Jacques Susini a obtenu l’amnistie pour les membres de l’OAS, qui, en fait, quittent le pays, et l’engagement de Français d’Algérie dans la force locale, projet que l’imminence du référendum réduit à néant.                                                                                        A suivre

 

Réflexion

Mardi 6 Décembre 2011

 

 

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