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 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/sarkozy-et-le-jour-national-de-104099

Le président Nicolas Sarkozy a annoncé lors de son discours du 11 novembre 2011, sous l’Arc de Triomphe, le prochain dépôt d’un projet de loi visant à faire de ce jour « la date de commémoration de la Grande guerre et de tous les morts pour la France ».

Ce projet de loi est une insulte à tous les morts de 14-18 mais aussi à leurs familles qui sont les nôtres aujourd’hui.

La guerre de 14-18 ne doit pas être diluée dans un jour de commémoration générale de tous les morts pour la France. Et puis, que veut dire « mourir pour la France » ?

La singularité et l’horreur de la première guerre mondiale méritent sans conteste le maintien d’un jour de mémoire particulier.

En effet, pas une Commune, pas un village, pas une famille de France n’a été épargné directement ou indirectement par cette boucherie qui a broyé une génération de jeunes gens qui n’avait rien demandé à personne et qui est partie au combat, confiante et la fleur au fusil.

Bien entendu, je pense aussi aux ressortissants de nos anciennes colonies d’Afrique et d’Asie, qui ont participé à l’effort de guerre et qui ont aussi payé un bien lourd tribut.

Aujourd’hui, on veut mettre, par exemple, sur le même plan, des soldats français tués en Afghanistan et des combattants de la Grande Guerre.

Loin de moi l’idée de minorer la douleur des familles des premiers, mais je pense néanmoins qu’ils n’ont pas leur place sur des monuments aux morts.

Je m’explique.

Ces soldats ne sont pas morts pour la France, c’est-à-dire pour défendre l’intégrité menacée du sol national. Ces soldats sont morts en mission – sur mandats divers : ONU, OTAN, ou sur ordre du pouvoir exécutif français, etc. – dans des régions du monde qui n’étaient pas en conflit direct ou indirect avec la France.

En outre ces soldats étaient des militaires professionnels. Il ne s’agissait pas ultra-majoritairement d’appelés du contingent comme en 14-18. La plupart d’entre eux savait, en signant un contrat avec l’armée, qu’ils prenaient éventuellement le risque de mourir au combat. Leur signature valait adhésion à ce possible destin.

Sans minimiser la portée de cet engagement, il ne me paraît ni déplacé ni incongru de faire la distinction entre les deux types de combattants.

S’il est normal que des soldats morts en mission reçoivent l’hommage de la Nation lors des rapatriements des corps, il me paraît en revanche contestable de graver leurs noms sur des monuments publics. Leurs noms doivent être réservés à leurs sépultures, à l’intimité familiale et, éventuellement, à une plaque commémorative au sein des bataillons concernés (si la hiérarchie militaire y est favorable).

Car il ne faut pas se méprendre sur le sens caché du projet de loi annoncé par le président de la République à moins de six mois de l’élection présidentielle.

Cet amalgame entre la Grande Guerre et les missions militaires actuelles vise à entretenir dans l’esprit des gens une confusion « cocardière » qui permettra à Nicolas Sarkozy de passer par exemple sous silence le fiasco en Afghanistan et, demain, de légitimer d’autres éventuelles ingérences militaires.

Par ce biais, on annihilera tout débat sur la pertinence et l’utilité de nos engagements militaires du moment. Toute mission sera susceptible d’être « avalée » par ce fameux jour de commémoration générale.

Critiquer une intervention militaire sera potentiellement sacrilège.

Sacrilège, précisément parce que le devoir de mémoire est sacré.

Il faut donc que ce devoir soit exercé avec parcimonie et qu’il porte sur des évènements d’une ampleur telle, qu’ils éclairent encore aujourd’hui de larges pans de nos peurs, de nos doutes et de nos espoirs. A ce titre, 14-18 a marqué non seulement de façon indélébile le siècle dernier, mais il a aussi profondément influencé l’évolution économique, politique et sociale de notre pays. 14-18 a également modelé le territoire et les consciences.

Enfin, dans un petit peu plus de deux ans, nous fêterons le centenaire du début de cette première grande boucherie moderne et de l’assassinat du pacifiste Jean Jaurès.

A quasiment deux ans de ce centenaire, l’initiative précipitée du chef de l’Etat en dit long sur son manque de culture historique et sociétale de notre pays.

De toute façon chez Sarkozy, tout obéit à des préoccupations électoralistes. Souvenons-nous par exemple de la dernière lettre de Guy Môquet qui a fait long feu et dont la mise en avant était uniquement faite pour clouer le bec à ceux qui s’inquiétaient des dérives droitières du gouvernement (en matière d’immigration, d’identité nationale, etc.).

Ne nous laissons pas abuser par cette nouvelle manipulation.

(Billet publié initialement sur Le Blog de Gabale)

 

 

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