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Norbert Masse, cinquante ans après : «On peut pardonner mais on ne peut pas oublier»

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  http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Villeneuve_d_Ascq/actualite/Secteur_Villeneuve_d_Ascq/2012/03/15/article_quand-norbert-masse-employe-de-bureau-a.shtml

PAR FRANCK BAZIN

villeneuvedascq@lavoixdunord.fr REPRO &PHOTO « LA VOIX »

18 mars 1962, la signature des accords d'Évian met un terme officiel à la guerre d'Algérie. À l'occasion de cet anniversaire, nous proposons une série de portraits d'acteurs et de témoins, directs ou indirects, de ces années sombres. Aujourd'hui, le Villeneuveois Norbert Masse qui a servi en Algérie en 1960 et 1961.

 « J'ai été appelé sous les drapeaux le 1er juillet 1959, deux jours après mes 20 ans. » Il y a des anniversaires qu'on ne peut pas oublier. Dans les années 1950, les ados pouvaient s'attendre à partir en Algérie, fusil en main. Mais rien n'avait préparé le jeune Ronchinois à cette expérience : « J'étais employé de bureau dans une compagnie d'assurances, boulevard de la Liberté à Lille. Je suis entré dans la vie professionnelle en 1953 comme petit employé de bureau. » Norbert commençait à s'installer dans la vie, il s'était fiancé en mai 1959. Mais, du jour au lendemain, il s'est retrouvé au 16e bataillon de chasseurs à pied d'Arras. Le mariage attendra 1962. Deux éléments ont permis à Norbert Masse d'avoir une première partie « d'armée » relativement protégée : « J'étais dactylo de métier et l'armée en avait besoin : j'ai eu le bonheur de faire 12 mois à Arras. » En plus, « j'ai été classé soutien indispensable de famille le 31 août 1960. » Ce n'est pas ça qui l'a empêché de traverser la Méditerranée : « Le 11 septembre 1960, j'ai rejoint la compagnie de commandement du secteur de Geryville (El Bayadh, dans le djebel Amour, à 1 200 m d'altitude). J'étais affecté au bureau et chauffeur du capitaine."

Mais la nuit et les week-ends, Norbert prenait ses gardes comme tout le monde et partait en opération.

Et il ne lui a pas fallu bien longtemps pour être dans le bain : « Le jour où je suis arrivé, le maire du village s'était fait descendre. En sautant du camion, on nous a mis un fusil dans les mains (qui n'était pas celui que nous avions appris à manipuler pendant les classes...) et nous sommes partis en opération. » Dans les mois suivants, l'unité a été prise plusieurs fois sous les tirs des « rebelles » : « Nous avons reçu le soutien de la Légion étrangère. C'est là que j'ai revu un copain de Ronchin. Je ne l'ai jamais revu depuis, je ne sais pas ce qu'il est devenu. » La situation était difficile, jusqu'à mettre le jeune appelé dans une situation douloureuse : « Je ne pensais pas partir pour tirer sur d'autres êtres humains. Ça a été le cas. C'était lui ou nous..., lui ou moi. » Des souvenirs qui expliquent le silence des anciens combattants : « Même dans les réunions de la FNACA, on ne parle jamais de la guerre.

C'est bien la première fois que j'en parle depuis mon retour. Je n'en parle jamais, même à mon fils. » L'expérience du feu, « c'est pour ça qu'on n'en parle pas : on se souvient des bonnes cuites, des repas entre copains à la caserne... » « Dans l'ensemble, on conserve un bon souvenir de notre séjour. On garde les bons, on laisse les mauvais. On dit " J'ai passé un bon Noël "plutôt que " Je suis parti en « opé » et j'en ai descendu deux ". Ça, on n'en parle pas mais on vit avec.

Et c'est dur, même cinquante ans après. » Avec le recul, Norbert Masse a compris que lui et ses frères d'arme n'étaient « que les maillons d'une chaîne ». Mais à l'époque, il ne le comprenait pas du tout : « On avait 20 ans ! Pour mon compte personnel, je n'ai pas compris. On a obéi aux ordres... Comme aujourd'hui encore, en Afghanistan où ils se font tirer comme des lapins. » Mais, aujourd'hui, ce ne sont plus des appelés du contingent. « Mais ce sont quand même des gamins ! Seulement, eux, on les prépare à la guerre, pas nous. » Alors, après, il faut recommencer sa vie, une vie amputée de ceux qui sont tombés : « J'ai trois copains de Ronchin qui y sont restés. Un sous-lieutenant, Michel Caes, avec qui j'étais à l'école, et deux autres copains, légèrement plus vieux, des rappelés. L'un des deux s'est fait descendre sur la passerelle du bateau qui le ramenait en France. » Les copains, ce sont les gars de Ronchin mais, bizarrement, pas ceux de Géryville : « Non, je ne les ai jamais revus depuis. Sauf un, rencontré en Vendée 17 ans après. Ça a été de grandes retrouvailles », sourit Norbert. Mais autrement, « On n'a pas cherché à retrouver les anciens, ça ne m'est jamais venu à l'idée. » Curieux pour un homme qui donne beaucoup de son temps à la FNACA depuis 1974 : « Pourquoi rabâcher toujours la même chose ? L'association, c'est de l'entraide, pour soutenir les veuves, les orphelins... » Alors, de ses 15 mois dans le djebel, Norbert Masse a ramené la croix du combattant, la médaille de la reconnaissance française, la médaille commémorative d'AFN, une pension de 300 euros par semestre, une poignée de bons moments et des mauvais souvenirs : « C'est pas beau ce qu'ils ont fait, c'est pas beau ce qu'on a fait. Il y avait des méchants des deux côtés, comme il y avait des bons des deux côtés. C'est comme en 1939, il y avait des bons Allemands et des mauvais Allemands, des bons Français et des mauvais Français. Mais j'aurais préféré ne pas avoir ma pension et ne pas y avoir été. On peut pardonner mais on ne peut pas oublier. » 

 

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