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«Une histoire à expliquer sans être manichéen»

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  | © D. R.

 

http://www.elwatan.com/culture/une-histoire-a-expliquer-sans-etre-manicheen-14-08-2013-224605_113.php

D’abord, on se dit que c’est une nouvelle pièce sur la guerre d’Algérie. On est un peu réticents à aller voir "Je vous ai compris", texte monté par deux jeunes femmes, Valérie Gimenez et Sinda Guessab, au Festival Off d’Avignon.

Avignon
De notre envoyé spécial

 
Puis l’accroche du prospectus séduit : «Les histoires personnelles d’un Français d’Algérie, père de Valérie, et d’une Algérienne naturalisée française, mère de Sinda.» L’idée des deux comédiennes leur est venue alors qu’elles étaient étudiantes dans un centre d’art dramatique en Belgique. Elles devaient travailler une pièce de fin d’études. Elles, qui s’étaient rapprochées l’une de l’autre, ont pensé à l’histoire de leur famille : celle, pied-noir, de Valérie, et celle, algérienne, combattante et émigrée, de Sinda. Le résultat est ce montage habile de deux paroles, illustrées en direct par le biais de l’informatique par Samir Guessab, frère de Sinda. Une réussite !

Pour Valérie Gimenez, «ce sont des témoignages intimes, on est dans une situation frontale et il y a une vérité qui sort qu’on n’a pas toujours dans les articles historiques. Là on est dans un niveau qui va droit au cœur des gens». Sinta Guessab corrobore ce sentiment : «J’ai grandi dans le silence que j’étais Algérienne. A travers ce qu’on évoque on commence à comprendre d’où on vient. On ose regarder cette histoire.  Il y a des échos très forts entre les deux personnages. On est eux et nous, moi et elle, dans une fratrie blessée. Je pense que les pieds-noirs, comme les Algériens, le vivent comme s’ils n’avaient plus de ciel, plus de terre.»

Valérie Gimenez a vécu depuis toute petite dans une «passion qui ne peut s’enlever». Elle se souvient de son grand-père qui était gendarme en Algérie : «Immigré espagnol, il parlait mal le français, la France fut sa déchirure. Il me parlait tous les jours de l’Algérie.»
Quant à son père dont elle a recueilli le témoignage, «ce qui est troublant, c’est sa schizophrénie, pris qu’il était entre un amour pour l’Algérie et ce rejet, cette haine de la France, des Algériens. Le  traumatisme le poursuit. Moi, je brise cela en parlant. C’est nécessaire. Cela me fait du bien, d’échanger, de parler, que les choses soient mises cartes sur table. Les schémas de pensées négatifs sont liés à une histoire qu’il faut expliquer sans être manichéen. Nous sommes les uns comme les autres dans une recherche obsessionnelle de notre histoire».

Et d’ailleurs, estime Sinda Guessab, «les questions posées sont très fortes, surtout face aux non-dits de la France, comme le 8 Mai 1945». Se taire, estime Valérie Gimenez, n’est pas une bonne chose : «La montée du Front national, à la suite des souffrances non apaisées de la guerre d’Algérie,  cela interpelle et nous devons réagir.» Ce que confirme à sa manière Sinda Guessab : «J’ai peur pour l’avenir de la France quand je vois comment cela bouillonne et l’incompréhension se développe. Même le rejeté se met à haïr. Il faut casser ce système-là en découvrant comment avancer.» Leur courte mais intense pièce pose beaucoup de questions et ouvre des pistes insoupçonnées pour une autre façon d’écrire l’histoire.

 Walid Mebarek

 


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