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"La France a reconnu sa responsabilité pour Vichy, a fait une loi sur le génocide arménien où elle n’était aucunement impliquée, mais n’a pas assumé ses responsabilités historiques en Algérie…

Je souffre beaucoup, comme beaucoup d’amoureux de l’Algérie en France, de cette mésentente.

Je crois que la question mémorielle est centrale. Il y a eu trois générations aux prises avec les guerres entre la France et l’Allemagne, cela a occupé un siècle, mais, après la dernière guerre, la France et l’Allemagne ont écrit la même histoire.

La France et l’Algérie doivent aussi faire ce travail de mémoire. Le passé doit être soldé. Notre passé commun, notre histoire et notre proximité géographique nous dicte un futur à écrire ensemble.

J’avais fait des propositions de façon informelle lors de mon voyage à Alger. Je souhaitais que les présidents Bouteflika et Chirac, deux protagonistes de la guerre d’Algérie, initient ce processus. Mais cela n’a pas pu se faire à cause de la loi de février 2005 qui a finalement rouvert la guerre d’Algérie sur les plans mémoriel et symbolique. Les jeunes générations sont au milieu d’un conflit qui aurait dû être clos depuis longtemps.

Les deux pouvoirs devraient désigner des historiens, des chercheurs, acceptés par les deux parties, pour écrire à multiples mains l’histoire commune. Les archives montrent que la conquête a été une barbarie.

Ma famille Ould Cadi a été au coeur des méfaits de la colonisation : le régime impérial de Napoléon III et ses généraux ont voulu lui prendre des terres pour les donner à des colons qu’on avait expatriés de force. Il y a eu spoliation et sang versé. Toutes les preuves sont sur la table.

Il faut remercier Rachid Bouchareb pour son très beau film Hors-la-loi. J’ajoute qu’il n’y a pas le Bouchareb d’Indigènes, qui rend justice aux tirailleurs maghrébins ou sénégalais ayant fait la guerre de 39-45, et celui de Sétif qui a commis un crime de lèse-histoire. C’est absurde, il s’agit de la suite de l’Histoire.

Les faits de Sétif sont réels, écrits, il y a consensus aujourd’hui quand l’historien Benjamin Stora s’exprime sur le sujet. On connaît l’étendue du massacre, les provocations qui ont eu lieu. Je suis de l’avis que les deux gouvernements désignent une commission pluripartite composée d’historiens pour écrire l’histoire commune.

Des intérêts politiques et électoraux empêchent ce travail d’être fait en toute sérénité.

Une certaine droite en France n’accepte pas de faire des avancées mémorielles, car elle cherche les voies de l’extrême droite issue de l’OAS.

De son côté, le pouvoir algérien utilise la guerre mémorielle pour lutter contre la France sur le plan diplomatique.

Il faut être responsable et songer que l’avenir des relations de nos deux pays est lié au fait de panser ces blessures et ne pas se dire qu’il s’agit d’une question générationnelle.

D’ailleurs, la résolution de cet héritage historique lourd ne pourra qu’aider les jeunes Français issus de l’immigration algérienne à mieux s’épanouir chez eux en France et à se projeter aussi comme le trait d’union des deux rives de la Méditerranée. C’est en cela que la France détient les atouts inouïs en termes de reconstruction et de développement.

L’article de loi sur les bienfaits de la colonisation a montré combien la France refuse de porter un regard lucide sur son passé…

D’abord, ce n’est pas toute la France qu’il faut stigmatiser. La gauche française s’est élevée contre cet article, qui a finalement été retiré.

Comment peut-on imaginer réhabiliter le colonialisme qui a été condamné par l’Histoire et qui fut une oeuvre d’apartheid et d’oppression ?

Le pouvoir actuel est incapable de reconnaître la faute intrinsèque du colonialisme. Mais c’est un pouvoir éphémère, pas la France. Je suis à la fois petit-fils d’Algérien et fils d’appelé du contingent en Algérie, un enfant de la France-Algérie en quelque sorte, à la fois du FNL et de l’armée française en Algérie. Je suis issu par mes parents de cette génération militante qui s’est battue pour la décolonisation et contre la SFIO, qui était à l’époque d’orientation coloniale. Guy Mollet avait été élu en 1956 pour faire la paix. Il fit la guerre et toléra la torture. La France doit solder ce passé et assumer sa responsabilité".

 

 

 

 

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