Dès 1960, et principalement après le 21 avril 1961, date du putsch du quarteron de généraux qui a échoué, pour une bonne partie grâce à l’action républicaine de la troupe et tout particulièrement des jeunes du contingent, l’OAS a multiplié les attentats terroristes tant en Algérie qu’en métropole.
C’est ainsi qu’à Paris les attentats se multiplient. Fin 1961 et début de 1962 les négociations se déroulent à Evian. Pour tenter de faire échouer cette démarche, c’est une formidable offensive terroriste qui se développe visant particulièrement les intellectuels considérés comme de gauche et donc favorable à l’indépendance qu’ils ne peuvent accepter. Le maire d’Evian sera parmi les victimes, assassiné le 31 mars 1961, pour sa "complicité" dans la phase de négociations qui aboutiront un an plus tard. Début 1962, Les attentats OAS visent les domiciles de l’écrivain Vladimir Pozner, du dirigeant politique du PCF Raymond Guyot, de deux professeurs d’universités, de deux officiers supérieurs en retraite, devant la porte de la prison de la Roquette à Paris (là où étaient enfermées les militantes du FLN, ou celles du réseau Janson). Cette Prison, qui était située à deux pas du Cimetière du Père Lachaise, a aujourd’hui disparu.
Le 7 février 1962 c’est le domicile d’André Malraux qui est visé. Les poseurs de bombe se trompent de pallier et c’est une petite fille de 4 ans Delphine Renard qui en sera la victime innocente : elle en ressortira vivante, mais aveugle et défigurée à vie. L’émotion est énorme, l’indignation à son comble. Les antifascistes, les pacifistes, de plus en plus nombreux excédés par ce terrorisme visant des personnalités civiles, lassés de cette guerre qui ne dit pas son nom et qui s’éternise décident de réagir. Dès le lendemain, une manifestation est organisée, à l’initiative de la CGT et du Parti communiste, mais aussi du PSU, de la CFTC (la CFDT, issue de ce syndicat, n’existait pas encore), du PSU, de la FEN… Même si les moyens de communication étaient bien plus rudimentaires qu’aujourd’hui, des dizaines de milliers de manifestants bravent l’interdiction de manifester. A cette époque TOUTES les manifestations annoncées pour la paix en Algérie étaient interdites. La police de Paris aux ordres du sinistre Papon, (celui qui s’était "distingué" sous le régime de Vichy pour favoriser la déportation de juifs français, ou encore par les répressions féroces en Algérie, puis le 17 octobre 1961 à Paris face à la manifestation pacifique des Algériens protestant contre le couvre-feu raciste qu’il avait instauré) se déchaîna. Les CRS, sur ordre de la hiérarchie, chargèrent avec une sauvagerie inouïe et en particulier dans la bouche de métro de la station Charonne. Huit morts sur le champ, un qui décédera dans les jours suivants et parmi ces victimes : trois femmes et un gamin de 15 ans le jeune Daniel Ferry tous étaient des militants de la CGT et huit membres du PCF.
Des obsèques grandioses
L’opinion est bouleversée. Quelques jours plus tard, le 13 février, un million de Parisiens accompagneront les dépouilles de ces victimes au cimetière du Père Lachaise. Partout, dans les entreprises, les bureaux, les administrations,… tant en Région Parisienne qu’en Province des arrêts de travail, de recueillement seront organisés en hommage à ces victimes. D’une certaine façon, ce sera un tournant décisif dans cette guerre d’Algérie, un accélérateur à la conclusion de l’accord de paix le 19 mars suivant.
Depuis cette date, seulement quelques militants, plus nombreux ces dernières années commémoraient cet évènement. Ce crime d’Etat n’a jamais encore été reconnu officiellement et donc toujours pas condamné. Comme pour les massacres du 17 octobre le sinistre Maurice Papon n’a jamais été inquiété, malgré ses responsabilités. Une plaque, à l’intérieur de la station rappelait cet évènement. Alors que des stèles sont érigées sur le domaine public en "hommage" à ces "héros" de l’OAS, rien ne venait rappeler ce sinistre évènement.
Il a fallu attendre 2007, pour que le carrefour du Boulevard Voltaire, où se trouve la station de métro "Charonne" devienne Place du 8 Février 1962 et soit inaugurée par le Maire de Paris Bertrand Delanoé.
Henri POUILLOT
Jean-Pierre Bernard, 30 ans, dessinateur,
Fanny Dewerpe, 31 ans, secrétaire,
Daniel Féry, 15 ans, apprenti,
Anne Godeau, 24 ans, employée des PTT,
Édouard Lemarchand, 41 ans, menuisier,
Suzanne Martorell, 36 ans, employée,
Hippolyte Pina, 58 ans, maçon,
Raymond Wintgens, 44 ans, typographe
et Maurice Pochard (décédé à l'hôpital), 48 ans
Aux P.T.T.
le personnel connaissait le portrait d'Anne-Claude GODEAU
Anne-Claude Godeau avait 24 ans. Originaire de Nantes, elle était venue chercher du travail à Paris, comme tant d'autres provinciales. Elle fut bientôt mêlée au grand mouvement des travailleurs parisiens. Au soir du 8 février 1962, avec d'autres camarades des CCP, elle était allée crier sa colère contre les crimes de l'OAS, cette organisation criminelle fasciste qui entendait désespérément maintenir la domination coloniale sur l'Algérie.
La population française est largement choquée par ce déchaînement de répression : entre 500000 et un million de Parisiens assistèrent aux funérailles des victimes.
La veille, dix attentats sont commis à Paris, attribués à l’OAS. Dix charges de plastic explosent au domicile d'universitaires, de journalistes et du ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles André MALRAUX. Sept blessés. Parmi ces blessés une petite fille.
Elle s’appelle Delphine Renard, elle a quatre ans et demi. En attendant de retourner à l’école, elle jouait dans sa chambre après le déjeuner quand une charge de plastic destinée à André Malraux, qui habite le même immeuble, explose devant ses fenêtres. Delphine ne saura naturellement pas ce qui lui est arrivé. Quand son père la ramasse. Le visage en sang, les yeux criblés d’éclats, elle lui dit : Papa, j’ai des grains de sable dans les yeux. Ces grains de sable-là vont bouleverser la France.
CONTRE L'OUBLI
UN 8 FEVRIER 1962... CHARONNE !
Ce qui s'est passé à Charonne, Renaud s'en rappellera
toute sa vie,
notamment dans sa chanson culte Hexagone.
Nous également.
" Ils sont pas lourds, en février,
à se souvenir de Charonne ;
Des matraqueurs assermentés
Qui fignolèrent leur besogne".
Leny Escudero écrira aussi une chanson " Je t'attend à Charonne "
Cliquez sur les liens ci-dessous pour l'entendre et voir (2 vidéos) :
http://www.youtube.com/watch?v=xmVDeapeh-U&feature=related